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Paisible statistique

Dans une étude sur les aspects neurologiques de l’amour1, l’anthropologue Helen Fisher (Université de Rutgers, New Jersey) proposait à ses cobayes les épreuves suivantes, suivies par imagerie cérébrale : « On montrait d’abord au sujet une photo de son aimé(e), puis celle, neutre, d’une personne du même sexe ou d’un paysage naturel. Ensuite, chaque participant(e) devait lire une lettre de son amoureux(se), puis un paragraphe d’un livre de statistiques. Puis, chacun reniflait un parfum évoquant l’être aimé, puis de l’eau mélangée à de l’alcool à 90°. Enfin, le sujet devait se remémorer un moment merveilleux partagé avec l’aimé(e), puis quelque événement ordinaire comme la dernière fois qu’il s’était lavé les cheveux. »

N’est-il pas intéressant que la lecture de statistiques soit mise au rang des activités banales, ne soulevant ni passion ni dégoût ? Le chiffre, porteur de l’idée de quotidienneté, fond civilisationnel neutre… Les expérimentateurs ne semblent pas avoir envisagé leur sujet amoureux(se) d’un(e) statisticien(ne). Ni, d’ailleurs, d’un(e) shampouineur (se).

Mélanie Leclair

1. Pourquoi nous aimons ? Robert Laffont, 2006.


Pénombre, Mars 2006