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Ne variatur

"On ne s’en réjouira jamais assez, les prix à la consommation sont au plus bas", pavoise Le Parisien du 13 et 14 mars 1999, qui rapporte cependant : "l’évolution des prix sur les douze derniers mois atteint 0,2%, ce qui représente le taux d’inflation le plus faible jamais enregistré depuis 1953". Confusion : ce n’est pas parce que les prix montent peu qu’ils sont bas. Niveau n’est pas variation. Dit-on d’un alpiniste qui monte lentement qu’il se trouve à basse altitude ? On peut se réjouir de trouver un produit à bon marché ; on peut se réjouir que les prix n’augmentent pas ; mais, ce n’est pas du tout la même chose.

Ce n’est pas tout. Plus loin, le même article s’indigne que les prix des transports aient augmenté sensiblement plus que l’inflation (c’est-à-dire, que la hausse moyenne des prix) : 1,3% pour la SNCF et 3% pour le métro, contre 0,2%. D’accord pour les chiffres et admettons que ce soit beaucoup. Mais, l’auteur croit pouvoir rapporter ces deux hausses à la hausse d’ensemble en faisant une division des taux d’accroissement : 1,3 / 0,2 = 6,5 soit, écrit-il, "650% par rapport à l’inflation" et de même pour le métro : "1 500% !". C’est spectaculaire ; mais, complètement dénué de sens. Supposons que l’inflation devienne nulle (aujourd’hui à 0,2%, elle a régulièrement baissé depuis plusieurs années : partie de plus de 10%, et encore autour de 2% il y a peu). Avec une inflation à 0%, il va falloir diviser la hausse du ticket de métro, quelle qu’elle soit, par zéro ? Soit, un résultat infini ! Méfions-nous des pourcentages de pourcentages…

Mélanie Leclair

 
Pénombre, Décembre 1999