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On manque de bras, de têtes... ou de cohérance ?

En avril 2002, la presse a rendu compte comme un seul homme, et sans critique à notre connaissance, des résultats d’un rapport de la rectrice de Toulouse, Nicole Belloubet-Frier, qui, partant du constat que 500 000 jeunes obtiennent le baccalauréat, soit un peu plus de 60 % d’une classe d’âge, affirme qu’il en faudrait plus pour répondre aux besoins.

Ainsi La Croix du lundi 29 avril titre : « La France manque de bacheliers », et parle d’un déficit de 10 000 à 16 000, lequel viendrait d’un défaut d’orientation en fin de collège et d’une « fuite » vers l’apprentissage. L’hebdomadaire La Vie du 25 avril, avec exactement le même titre, « La France manque de bacheliers », précise que 18,4 % de ceux-ci obtiennent Bac + 2, mais qu’il en faudrait 22 %. Admirables précisions !

Pour qui suit un peu ces questions, voilà de quoi être déboussolé. Toutes ces dernières années, on nous a seriné que les métiers manuels manquaient de bras, que le bâtiment et l’hôtellerie en particulier n’arrivaient pas à recruter, que l’apprentissage était délaissé, que beaucoup trop de jeunes se lançaient dans des études longues sans avenir et, enfin, que beaucoup de jeunes à Bac + beaucoup d’années sont très souvent obligés d’accepter des boulots sous qualifiés.

À moins que nous manquions de têtes et de bras, alternativement. Ce qui rejoindrait les propos d’autres futurologues de l’emploi qui nous répètent que dans l’avenir il faudra changer souvent de métier. Passer de « métiers à tête » à des « métiers à bras » et vice versa ? Alors soyons prudents. Élevons nos enfants en n’oubliant jamais cette vénérable maxime : « mens sana in corpore sano ».

Jean Célestin, observateur terrestre

 
Pénombre, Octobre 2002